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Marie-Antoinette – Stefan Zweig

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Marie-Antoinette – Stefan Zweig 
Le Livre de Poche

Livre passionnant où l'on sent la tendresse, la lucidité qui n'est pas exempte de dureté, de l'auteur vis-à-vis du couple royal.

Stefan Zweig décrit une Marie-Antoinette vive, légère, charismatique, intelligente mais inculte, sans curiosité intellectuelle, ayant plus d'intuition que de réflexion et donc ne tirant pas parti de ses qualités. Elle sera qualifiée de nature médiocre et insignifiante par Stefan Zweig. Son regard changera avec les événements futurs car elle fera preuve de courage, de détermination, d'intelligence, de dignité, de noblesse, d'une grande force de caractère, ces traits de personnalité ne se révélant qu'à l'aune des terribles événements. Louis XVI est quant à lui dépeint comme un apathique, lourd, lent, indécis, subjugué par sa femme à qui il cède tout. L'homme est bon, a de la noblesse mais n'est pas à sa place pour diriger un pays. Jusqu'au bout son indécision et sa lenteur auront une incidence dramatique sur les échecs successifs.

Marie-Antoinette qui arrive en France à l'âge de 15 ans est une enfant qui n'a pas été préparée à être reine, pas plus que Louis XVI ne l'a été à être roi. Elle a vécu à Schönbrunn, entourée et choyée sans subir l'étiquette rigide de la cour de Versailles. Elle est arrachée en étant presque une enfant à son passé, sa famille, en franchissant la frontière française et se retrouve mariée à un homme qui ne pourra consommer l'acte sexuel pendant environ 7 ans pour des raisons physiologiques. En proie au vide de la cour de Versailles, n'étant ni femme ni mère, elle se perd en distractions de toute sorte : sorties nocturnes à Paris, dépenses pharaoniques discontinues en robes, fanfreluches de Mlle Bertin, en perruques extravagantes du coiffeur Léonard, construction du Petit Trianon pour échapper à la cour de Versailles qui lui en voudra terriblement, recherche d'amis, notamment la famille Polignac qui obtiendra titres, rentes, domaines. Tout ceci contribue à vider les caisses de l'État et détruit sa réputation ; après avoir été aimée, Marie-Antoinette devient Mme Déficit, l'Autrichienne. L'affaire du collier, escroquerie dont seule Mme de la Motte est coupable, révélera toute la rancœur qu'elle suscite car le peuple est convaincu de sa culpabilité compte tenu de son passé.

Stefan Zweig qui s'appuie sur les faits réels, entrecoupés de textes authentiques, nous fait vivre l'amour de la reine pour ses enfants, pour Axel de Fersen, la vie de la famille royale à Versailles, aux Tuileries, le désastre de la nuit de Varennes, la Terreur et ses acteurs les plus odieux dont l'ignoble Hébert, l'emprisonnement au Temple, l'exécution de Louis XVI, la séparation cruelle de Marie-Antoinette d'avec son fils, sa fille, son emprisonnement à la Conciergerie, l'infâme procès, les dernières tentatives d'évasion pour la sauver, et son exécution dans la dignité. Ce livre est un mélange de faits historiques, de documents réels, d'analyses psychologiques qui nous permettent de vivre chaque étape avec les personnages, leur complexité, et ainsi de pénétrer au cœur de cette terrible période. L'ouvrage d'une grande honnêteté est servi par un style d'une grande richesse et subtilité qui rend cette lecture captivante.

Parution : 16 juin 1999 (Le Livre de Poche)
Pages : 576 pages
Prix : 9,90 €