Naoshima, Inhotim ou Le Mona : les sanctuaires de l’art contemporain

Naoshima, Inhotim ou Le Mona : les sanctuaires de l’art contemporain

Nouveaux temples de la culture contemporaine, les musées et les fondations dédiés à l’art se sont transformés radicalement depuis quelques années. Livrés à une concurrence féroce au niveau mondial, ils se doivent d’être exceptionnels aussi bien par leur collection que par leur architecture et l’histoire qu’ils racontent.
Je vous propose de vous intéresser à quelques exemples emblématiques de ce phénomène mondial tout au long de cette année 2015-2016.

Naoshima au Japon

Bâtis dans des lieux inaccessibles et sauvages, ces trois musées hors norme invitent le visiteur à partir au bout du monde dans un voyage intérieur poétique et parfois dérangeant.
La petite île de Naoshima, dans la mer intérieure du Japon sait se faire désirer. Après un voyage sans fin en train, puis en  bus, puis en bateau, le visiteur découvre un lieu étonnant consacré à l’art contemporain. Loin du bling-bling des foires internationales, du bruit des enchères record et des artistes stars, les œuvres d’art sont disséminées dans une nature luxuriante et préservée, où la présence de l’homme se fait discrète. Dans les criques, sur le ponton d’arrivée ou dans les collines, les œuvres dialoguent avec la nature. Les quelques bâtiments se confondent avec le paysage comme seuls les Japonais savent le faire. Tadao Ando a voulu une architecture aux lignes épurées pour son hôtel-musée futuriste ou pour le Chichu Art Museum aux allures d’abri antiatomique.
Dans cette île sanctuaire, art et nature sont en totale harmonie mais les hommes n’en sont pas exclus. « Tout le monde parle d’un paradis après la mort. J’en voulais un pour les vivants. » explique l’homme d’affaires, mécène et collectionneur Soichiro Fukutake, à l’origine de ce projet fou. Dans le village de Naoshima les maisons traditionnelles et les bains publics à l’abandon ont été transformés en installations d’art contemporain signées James Turell, Hiroshi Sugimoto ou Shinro Ohtake.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette île n’est pas un lieu de villégiature, « c’est un lieu de résistance à la société moderne. Un lieu de diffusion d’une nouvelle vision du 21ème siècle » comme aime à le rappeler son créateur.

Inhotim au Brésil

A des milliers de kilomètres de là, près d’une petite cité minière endormie du fin fond du Brésil, Inhotim abrite un fantastique musée au cœur d’un merveilleux jardin botanique. Son propriétaire, Bernardo Paz, se promène des journées entières parmi ses œuvres d’art pour s’écarter du monde et soigner sa dépression.
En 1980 il achète 750 hectares de terrain à Brumadinho et demande au paysagiste brésilien Roberto Burle Marx de transformer le site en jardin botanique. Au milieu des palmiers, des orchidées et des nénuphars, il ajoute des bâtiments afin d’exposer sa collection d’œuvres d’art. Ce musée en plein air abrite 23 œuvres monumentales signées Olafur Eliasson, Matthew Barney, Paul McCarthy, Yayoi Kusama et les œuvres d’une centaine d’artistes réparties dans plus de 20 galeries. En 2006 le site ouvre au public et devient la Mecque arty du 21ème siècle. « Ni le MOMA, ni la Tate, ni le Centre Pompidou ne peuvent offrir l’émotion que procure Inhotim » affirme Bernardo Paz. « Les sensations ressenties ici où l’art et la nature vibrent à l’unisson sont bien supérieures ».

le MONA en Tasmanie

Dernière étape de ce pèlerinage arty : le MONA, Museum of Old and New Art situé en Tasmanie, une île du continent australien connue jusqu’à présent pour ses forêts et ses bagnards.
Ici la contemplation, la poésie, la spiritualité ne sont pas de mise. Il s’agirait plutôt d’une descente aux enfers.
Dans cette île de tous les extrêmes vous pénétrez dans le monde obsessionnel du collectionneur David Walsh : mort, sexe et mythes archaïques sont au rendez vous. Après 30 heures de voyage, deux escales et une descente à 17 mètres de profondeur, le visiteur déboussolé perd tous ses repères. Dans ce musée souterrain conçu par Nonda Katsalidis, point de lumière du jour et un mur d’urnes funéraires en guise d’accueil. A côté d’œuvres controversées, comme la Vierge Marie de Chris Ofili, sont exposées des artistes australiens ou des artistes stars comme Damien Hirst, Fernando Botero ou Jean-Michel Basquiat.   
On y découvre aussi l’œuvre la plus dérangeante de Christian Boltanski : le résultat d’un pari morbide avec David Walsh. L’artiste a accepté de placer des caméras dans son studio contre une somme versée régulièrement pendant huit ans. Si l’artiste est toujours en vie après ce laps de temps, Walsh devra continuer à le payer. Mais Walsh a parié sur la mort prochaine de l’artiste…[1]

Chacun à leur manière, ces lieux sont devenus « the place to be » de la planète arty, des destinations incontournables pour tout amateur d’art contemporain branché. Le phénomène de mode ou le snobisme qui les entourent peuvent gêner. Mais il serait dommage de s’arrêter à cette première impression car ils représentent chacun le rêve devenu réalité de trois entrepreneurs aux personnalités hors normes, de trois grands créateurs du monde contemporain.


[1]ou « sur une mort proche de l’artiste » ?

Octobre 2015

Photos Naoshima :
Photos DR
Benesse House Museum – Vue aérienne – Naoshima – crédits photo Tadao Ando architect & Associates
Benesse House Oval – Naoshima – Crédit photo : Tadao Ando Architect & Associates

 

1 Commentaire

  • Marie Bideran de

    Marie Bideran de

    7 nov. 2015, 18:00:16

    Passionnant.
    Ces grands mecenes ont vraiment besoin d'isolement .
    Une destination de voyage a creuser....

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