LE GRAND CANYON

Une première fois, nous tentons, à partir de Scottsdale, petite bourgade à proximité de Phœnix, de rejoindre la route 17 qui nous mènera à une destination maintes fois imaginée, rêvée : le Grand Canyon, principal joyau de l'Arizona.

Nous découvrons en plein mois d'août, dans cette contrée traversée par des déserts… de la neige en couche épaisse. Le spectacle d'une végétation résistante aux températures élevées dressée sur un tapis immaculé est aussi fascinant qu'inquiétant comme en rendent compte quelques véhicules dans des positions inhabituelles sur le bas-côté de la route.

Trois cents kilomètres se terminant certainement par des routes de montagne dans ces conditions, sont une folie que nous n'affrontons pas. Nous rebroussons chemin avec la crainte que ce temps s’éternise.

Deux jours plus tard, nous reprenons la même route méconnaissable, cactus, plantes grasses, buissons secs, sol ocre défilent sur fond de contreforts montagneux en direction de Flagstaff, avant-poste de notre destination finale. Défilent des paysages variés : route rectiligne bordée de fleurs, axe traversant de grands espaces bornés par des plateaux ; près de Sedona, Oak Creek Canyon, une succession d'émergences de roches rouges se détachent sur un ciel pur avec pour seule ombre une contravention pour refus d'obtempérer (« fail to obey ») à la demande de quitter l'endroit d'où je prenais une photo à ne manquer sous aucun prétexte. La police dans ce pays ne plaisante pas : sirène, sortie du véhicule, mains sur le capot, procès-verbal… sans un sourire bien sûr ! L’humeur du reste de la famille était à l’avenant mais en plus de vivre une expérience unique, j’ai gardé la photo que voici :

Arrivés à Flagstaff, nous décidons de faire un crochet à l'est par la route 40 ; à proximité du village de Winslow, un cratère provoqué par une météorite paraît mériter qu'on s'y attarde. Le village est en tout point semblable à ce que nous connaissons de l'Amérique : maisons en bois ou en briques peintes avec varangue et rocking chair, boîte aux lettres métallique avec ce drôle de petit bras qui levé signifie que le facteur est passé. La présence de quelques rares habitants appuyés sur les balustres ou somnolant dans des balancelles évoquent les tableaux d'Edouard Hopper.

Winslow « Meteor Crater »
Le cratère ressemble à celui d'un vieux volcan recouvert d'une maigre végétation. La beauté du site réside aussi dans les espaces alentours : une plaine à perte de vue ourlée de bas massifs montagneux, cadre idéal pour un film de cowboys et d'indiens qu'on s'attend, vision classique, à voir surgir dans un nuage de poussière du fin fond de l'horizon.

Nous repartons vers notre destination principale en prenant la route 40 vers l'ouest. Nous traversons des forêts de hauts conifères sur des kilomètres jusqu'à la jonction de Williams où un panneau indique vers le nord : Grand Canyon Village. Nous décidons de ne pas nous rendre jusqu'au site mais nous arrêtons à un aéroport dont la compagnie Airstar propose le survol de ce phénomène géologique.

Nous nous hissons dans un hélicoptère aux parois de verre, équipé de casques sensés nous apporter des informations autant que nous protéger du bruit du moteur et survolons une vaste forêt de pins sans pouvoir soupçonner le moindre indice du mythique Grand Canyon.

Nos regards ne quittent le point le plus éloigné de cette mer de verdure que pour ne rien perdre du paysage qui défile sous nos pieds. Le pilote chuinte tout à coup dans nos casques : « nous arrivons, préparez-vous ! ». Nous avons à peine le temps de deviner la lèvre découpée de la falaise que... c'est le grand saut dans le vide. Le vertige se mélange au choc esthétique. Le plateau s’est effondré avec des émergences aux strates visibles ayant résisté à l’érosion.

Les arêtes rocheuses se dressent au creux d'une faille dont on ne sait plus où se trouvent les limites. Nous survolons des gorges au fond desquelles sinue un fleuve boueux, le Colorado, dont la force a sculpté le paysage. Les teintes passent du rouge au violet, au bleuté, à l'ocre, selon l'éclairage, les poussées rocheuses dessinent des formes de châteaux fantastiques.
 
L'émotion est immense, nous avons envie d'explorer chaque parcelle de ce site unique, de fixer obsessionnellement toutes les images, de rester pour voir ce merveilleux paysage se modifier en fonction du moment de la journée. Nous sommes en milieu d'après-midi, peut être aurions-nous pu attendre quelques heures pour le découvrir lorsque le soleil est moins violent, les teintes plus subtiles, plus nuancées.

Avoir pu le contempler une fois dans sa vie reste néanmoins une chance exceptionnelle que vous connaissez peut être, sinon regardez ces images, puis fermez les yeux, vous y êtes... presque.

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