Le Grand Bar Castan

Grand Bar Castan
2 quai de la Douane, Bordeaux

Pour laisser son témoignage, l’impertinente Belle Epoque s’est frayé un chemin entre le Bordeaux médiéval des quais sud et le Bordeaux XVIIIe qui s’alanguit en remontant vers le nord. Le Grand Bar Castan est situé au 2 quai de la Douane. Sa somptueuse marquise polychrome Art Nouveau tranche résolument avec la rigueur des lignes classiques de l’immeuble. Il s’est tissé au fil du temps une place à part dans le cœur de la ville. Bar mythique de différentes générations de Bordelais, tantôt adoré, tantôt délaissé, voire même oublié, cette vénérable institution rénovée en 2005, mérite le détour.

Construit au rez-de-chaussée de l’îlot Gabriel dont le décrochement revendiquait déjà une certaine indépendance, l’établissement date de 1890. Si on sait que le premier propriétaire lui a donné son nom, Jean-René Castan, était capitaine de corvette et négociant en épices. Il a vraisemblablement puisé dans ses nombreux voyages l’inspiration du décor de rocaille, de fleurs et de palmier du kitschissime intérieur.


En poussant la porte, on entre dans une grotte où s’épanouit un imposant palmier, et se déroulent des fresques et des mosaïques de fleurs, des treilles, des frises de coquillages, une profusion qui fait tourner la tête. Cet étrange décor a été orchestré en 1900 par A. Tournier, avec le concours des céramistes Boulangé & Cie et d’artisans locaux.

Dans le fond de la salle, un superbe escalier en fer forgé pose une dernière touche « début de siècle ».

La rénovation de 2005, qui s’est effectuée sous la houlette de Marc Benhayoun, a su rendre à l’endroit son lustre d’antan. Si l’on pouvait moderniser la désuétude, c’est sans doute ainsi que l’on verrait les luminaires d’Ingo Maurer dont la modernité s’intègre au paysage avec une belle cohérence. L’architecte a su restaurer l’ensemble sans sacrifier l’esprit, sans trahir la Belle Epoque et en conservant le charme magique du lieu.

A l'origine le propriétaire avait installé des fontaines à cascades sur la partie rocaille. On pouvait aussi y entendre le chant d'oiseaux de paradis pour la touche exotique du lieu.

Adeline Falières

Historienne de l’Art, Diplômée de l'Ecole du Louvre, Adeline Falières est chargée de l’enseignement à l’Université UFR des Arts de Bordeaux III.

3 Commentaires

  • Elisabeth Saint-Laurent

    Elisabeth Saint-Laurent

    19 oct. 2017, 14:10:19

    Merci Adeline ! Ton article donne envie de redécouvrir le lieu !

  • Elisabeth Saint-Laurent

    Elisabeth Saint-Laurent

    19 oct. 2017, 14:10:38

    Merci Adeline ! Ton article donne envie de redécouvrir le lieu !

  • Franciane Foucher

    Franciane Foucher

    21 oct. 2017, 11:37:13

    J'avais testé ce lieu, sans lever les yeux au dessus de la rocaille, sans voir le palmier!! Après cette chronique, une nouvelle visite s'impose. Merci Adeline

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