ONTARIO - LA BAIE GEORGIENNE

La dernière chronique nous avait entraînées au sud de Toronto, le long de la rivière Niagara. Aujourd'hui, nous découvrons le nord de la Capitale de l'Ontario, plus précisément la Baie Géorgienne.

Notre première découverte est Wasaga Beach au point le plus méridional de la Baie, la plus longue plage d'eau douce au monde, quatorze kilomètres de sable blanc, avec ses jeux de plage, ses parasols bleus et ses touristes. « Vous n'êtes pas d'ici ? Vous venez de France… ça s'entend ! » nous dit avec un humour involontaire un couple de québécois en vacances avec un accent repérable à 100 miles.

La meilleure façon de découvrir cette vaste étendue d'eau douce n'est-elle pas une croisière ? Nous embarquons pour, quelques heures, admirer les claires eaux bleues de la Baie et les mille îles qui la parsèment. Sur chaque petite parcelle entourée d'eau se niche une maison dont on imagine la vie de Robinson Crusoé des habitants, sans compter les innombrables phares blancs et rouges qui se dressent comme autant de redoutes (petites fortifications) colorées.   

Une seule envie après avoir joué les marins d'eau douce : trouver un canoë pour aborder l'une ou l'autre de ces îles. Renseignements pris, nous prenons la direction de Parry Sound, ville au sud-est de la baie, reliée par un pont à une petite île, Parry Island, dont l'unique camping propose des locations de canoë. Nous louons... le dernier disponible.

Commence alors un long périple tel que nous le rêvions en venant au Canada : armés de nos pagaies, nous apprivoisons l'embarcation et admirons des fonds limpides jonchés de coquillages blancs avant d'atteindre une plage de cailloux blonds. Ignorant qu'une maison se cache dans l'écrin de verdure à la lisière de la plage, nous sommes surpris que l'unique famille de l'île nous propose de nous réapprovisionner en eau et de visiter leur petit paradis. Mélange de bois et d'immenses baies vitrées surplombant une partie de la baie, la maison n'a pas l'eau courante. Seuls quelques bidons apportés de Toronto, lieu de leur habitation principale, satisfont aux besoins en eau du couple et de leurs deux enfants. Leur offre du précieux liquide était donc la marque d'un accueil
véritablement généreux.

Nous connaîtrons un autre aspect de la baie en empruntant la route ouest à partir de Wasaga Beach en direction de Tobermory, petite ville située à la jonction de la baie Géorgienne et du lac Huron. A noter un point remarquable à mi-chemin : Creig's Caves, cavités rocheuses situées en haut d'une falaise encadrant une baie d'un bleu intense dont je vous laisse juger de la beauté.

Nous arrivons à Tobermory en soirée, découvrons le lac Huron et décidons là encore de nous plonger dans l'univers de la jonction des lacs grâce à une croisière. Les couleurs mordorées baignent toute la côte, la végétation et les phares bien sûr, qui ressemblent à cette heure de la journée à de gros photophores.

Mon regard sur cette région sera enrichi par la découverte du Groupe des 7, peintres exposés  à L'Art Gallery de Toronto. Paysagistes de talent, les artistes de ce Groupe, créé en 1920, s'inspirent largement de la période postimpressionniste. Les membres du Groupe cessent de mettre l'accent  sur l'imitation de la nature, favorisant plutôt l'expression de leurs émotions face à elle. Peu connus en France, je conclurai cette chronique en les citant : Franklin CARMICHAËL, Lawren HARRIS, A.Y. JACKSON, Franz JOHNSTON, Arthur LISMER, J.E.H. MACDONALD et F. H. VARLEY. Je fais une mention spéciale pour Tom THOMSON qui faisait partie du cercle d'amis mais dont la mort en 1917 empêche l'intégration dans le groupe. La mort de Tom THOMSON est restée mythique car parti en canot pour une partie de pêche et sans doute pour y exécuter ses toiles, son embarcation est retrouvée vide et un mystère plane toujours sur sa mort : accident ? Acte criminel ?

Je vous livre un de ses regards sur la baie que je perçois empreint de sérénité et de délicatesse et qui ne fait qu'ajouter au regret d'une disparition prématurée.
Tom THOMSON, le pin


Un aspect de la Baie plus tourmenté
Une bourrasque en septembre – Arthur LISMER



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