Blue Jasmine, Elle s’en va, Miele

Un dimanche pluvieux, un peu triste de septembre et l’envie irrépressible d’aller au cinéma. Tant qu’à faire, qui pouvant le plus peut le moins, enchainer trois films. Blue Jasmine de Woody Allen avec Kate Blanchett, Elle s’en va d’Emanuelle Bercot avec Catherine Deneuve et Miele de Valeria Golino avec Francesca Marciano. Trois portraits de femmes.


Trois portraits qui des Etats Unis à l’Italie en passant par la France, nous content certes trois histoires, mais nous disent aussi la solitude.

Jasmine d’origine modeste a épousé un richissime homme d’affaires. En France on dirait qu’elle est une grande, très grande, bourgeoise. C’est pourquoi quand elle perd tout parce que son mari est une espèce de Madoff, la dégringolade de Jasmine est vertigineuse. Elle passe de Fifth Avenue à un très petit appartement dans un quartier populaire de San Francisco. Accrochée, comme à des bouées, aux quelques signes extérieurs de richesse qui lui restent, une veste Chanel, un sac Hermès et ses bagages Vuitton elle essaie de « réinventer sa vie », elle parle toute seule, est bourrée d’anxiolytiques, se shoote à la vodka martini, et ne comprend rien à la vie de sa sœur caissière de superette, chez laquelle elle a débarqué… Cate Blanchett est exceptionnelle dans le rôle de cette femme perdue, sacrifiée sur l’autel de l’argent. Cet argent, plus virtuel que réel, qui régit le monde avec son cortège de mensonges, de fausses vérités, de faux semblants. Jasmine a le blues (Blue Jasmine) et il y a de quoi… Un Woody Allen de grande facture à ne pas rater…

Bettie aussi a le blues. Co propriétaire avec sa mère (Claude Gensac) d’un restaurant en Bretagne, Bettie (Catherine Deneuve) quand elle apprend que son amant « s’est fait faire une enfant » par une « jeunesse », prend la poudre d’escampette. Au début, c’est juste une envie de respirer et puis les kilomètres s’enchainant de plus en plus aux kilomètres, la distance avec sa vie étouffante s’accentue. Tant qu’à s’étouffer autant que ce soit avec des cigarettes dont Bettie retrouve le goût avec un bonheur non dissimulé… Si le film d’Emanuelle Bercot est construit sur un scénario prévisible, des scènes d’une grande drôlerie (la cigarette roulée), émouvantes (la rencontre de Bettie avec son petit fils) rendent le film attachant. Quant à l’interprétation de Catherine Deneuve, femme libre s’il en est, capable de se montrer telle qu’elle est, sans fard, elle force l’admiration. Dans notre société, les femmes abandonnées relèvent la tête.

Une autre femme relève la tête, c’est Miele dans le film éponyme de Valeria Godino (inoubliable interprète de Respiro). Ce très beau film raconte l’histoire d‘une jeune femme jouée, mieux, incarnée par Francesca Marciano qui elle aussi, vit une autre vie que celle que croit son entourage. Miele n’est pas - ou plus - étudiante en médecine, Miele aide les gens à mourir… Elle ne va pas à Padoue voir son maitre de thèse mais au Mexique chercher un produit létal… Miele accomplit sa tâche avec rigueur, sérieux et compassion. Jusqu’au jour où elle rencontre un homme qui va changer sa façon d’envisager sa démarche jusque là militante, sa façon de voir le monde, de voir la vie. Ce beau premier film grave raconte sans pathos, avec beaucoup d’intelligence la double vie d’une jeune femme soucieuse de sensations fortes (elle nage jusqu’a l’épuisement) jusqu’à la rencontre qui va lui permettre de sortir de sa chrysalide…

Trois films, trois histoires, trois portraits de femmes magistralement servis par trois grandes interprètes de trois générations différentes. En conclusion, un dimanche pluvieux, certes mais un beau dimanche de cinéma !
Les trois films sont en salle et devraient, sauf peut-être l’italien plus confidentiel, rester en salles. Ne les manquez pas !

2013

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